Interview : Jacques Musch, une des voix du circuit de Spa-Francorchamps !

C’est au pied du Raidillon que j’ai interviewé mon ami Jacques Musch sur son parcours et sur quelques unes de ses nombreuses anecdotes qu’il a vécu durant les années où il était la voix de Spa-Francorchamps.

Après avoir fait des photos au pied du Raidillon, c’est parti pour quelques questions.

VI : Jacques, comment es-tu devenu speaker au circuit de Spa-Francorchamps et te souviens tu de ton premier jour ? 

JM : On ne devient pas speaker du jour au lendemain, c’est grâce à ma culture générale moto et automobile provenant de mes parents qui connaissaient bien Hubert de Harlez, le responsable des 24 heures de Francorchamps, ils m’ont permis d’approcher le milieu de la course automobile. Dès 1965, je déambulais déjà dans les paddocks en tentant d’approcher les pilotes et les équipes, j’étais fort débrouillard pour y arriver.

Une anecdote date de 1968, Jacques reçoit un magazine automobile anglais et peu de temps après la parution, une de ses amies lui téléphone et lui demande  « Jack is not you on the picture ?  »  . En effet, c’était bien lui à côté du podium des 24 heures avec Bruce McLaren, Pedro Rodriguès et Jacky Ickx.

VI : Ensuite, tu as fait ton mémoire de fin d’études sur le circuit ?

JM : Oui, c’est bien cela Vincent, en 1979 pendant 2 ans, je me suis penché sur la rénovation économique du circuit de Spa-Francorchamps ce qui m’a permis de rencontrer et de connaître tous les acteurs du site, les organisateurs, les personnalités politiques et toutes les autres personnes investies. 

Un moment donné le technicien du circuit décède et j’étais déjà bien impliqué dans toute l’organisation et j’ai dit à André Maes qui était le patron du circuit « j’ai la solution pour toi » on va mettre la cabine speaker du dessous au-dessus, donc on a combiné l’information du sport moteur à la radio, car j’étais un homme de radio. Il faut avoir un passé pour faire quelque chose, on n’est pas un ingénieur par hasard, on n’est pas peintre par hasard et moi, j’ai pu réunir la passion, le sport moteur, mon travail à la radio et Spa-Francorchamps et faire en sorte que cela fonctionne. 

VI : Quel est le jour le plus marquant de ta carrière ici à Spa-Francorchamps ?

JM : quand on est speaker, on se fait beaucoup d’amis, ici, on est au pied de l’arbre qui tue, c’est l’endroit où tout le monde se retrouve : les pilotes, les commissaires, les techniciens et j’en ai connu pas mal. On est en contact avec eux dès le jeudi lors des 24 heures et c’est ici que l’on vit les drames et quand ce sont des amis qui décèdent cela touche assez fort. 

Ce qui m’a marqué le plus dans ma carrière, c’est lors d’un Spa Ferrari Days, un des grands amis de Jean Blaton décède au sommet du Raidillon. Je vais donc le trouver pour lui demander de quelle manière s’organisera la cérémonie de la course si nous la faisons discrète et intimiste. Jean Blaton lui donne son accord pour la faire au pied du podium et vous prendrez votre micro et simplement informer qu’il n’y aura pas de podium vu les circonstances.

15 jours après, je reçois un mail de Robert Marlier qui est le secrétaire de Jean Blaton, il m’invite au circuit avec une bande d’amis au circuit et vous êtes invité un dimanche à un repas et à visiter la collection de M. Blaton.

Un autre grand moment, lorsque Jacky Ickx était l’administrateur délégué du circuit. Jacques voulait le rencontrer. À cette époque-là en 1978, Jacky Ickx était au sommet, il a gagné le Mans, et les 8 grands prix de Formule 1. « Tu as le petit étudiant qui se dit : il faut que je le rencontre » JM . 

Il rencontre donc son idole Jacky Ickx qui lui donne rendez-vous au palais des Princes Évêques de Liège car il avait une réunion avec André Haudestaine qui était le greffier provincial donc le patron du circuit et il lui dit « tu verras il y a ma voiture dans la cour » Jacques rentre ensuite dans la voiture.

Jacky Ickx lui dit « Jacques on n’a pas le temps, on remonte à la maison ensemble». Il prend ensuite son téléphone un gros 017 et sonne chez lui pour prévenir qu’ils seront deux. Jacques passa donc la soirée avec là-bas avec Jacky, Vanina et Larissa qui étaient toutes petites, elles avaient 4, 5 ans. Depuis Jacques a toujours gardé contact avec la famille Ickx.

« Tu as ce genre d’anecdotes lorsque tu es un commentateur qui va vers les gens. Les commentateurs de nos jours qui restent dans leurs cabines, qui ne marchent pas dans les stands, qui ne vont pas à l’arbre qui tue, qui ne vont pas vers les pilotes, ce sont des commentateurs qui sont à coté de la plaque. Pour cela Christian Lahaye, avec qui j’ai travaillé pendant des années, était une référence. C’était le commentateur le plus exigeant que j’avais à mes côtés. » JM

Un moment de plaisir partagé lors de l’interview au pied de l’Arbre qui Tue.

VI : Jacques quelle fut la situation la plus insolite ou gênante que tu as eue ? 

JM : Je sais laquelle Vincent, c’était lors des 24 heures Jean-Francois Chaumont le patron de cette course d’endurance était comme moi et aimait le fait que les speakers voyagent et qu’ils ne restaient pas dans leurs cabines pour apporter de l’animation. À cette époque-là, j’avais instauré le micro-émetteur pour faire en sorte que les speakers puissent aller vers les pilotes sur le podium pour les interviewer. 

Me voilà donc dans la grande roue avec une grande amie Carine et je n’ai pas de retour radio. Et à ce moment-là, on apprend le décès du roi Baudoin. N’ayant pas de retour, je ne savais pas ce qu’il y avait et je continuais à partir dans mon délire en train de rire dans la grande roue. Calme plat sur le circuit sauf que mes commentaires étaient encore diffusés car depuis la cabine le micro-émetteur n’avait pas été éteint. Des anecdotes, il y en a eu des centaines.

Ce qui a permis à Jacques de se faire apprécier au sein du plus beau circuit du monde c’est son intrépidité dans sa jeunesse, ses travaux et jobs qui tournaient autour du circuit de Spa-Francorchamps et du monde de la radio. Mais surtout sa proximité avec les pilotes, les familles et tous les acteurs des différents événements.

Cette petite interview a été faite en avril 2019 lors des Porsche Days. Suite à cela, nombreuses sont les fois où nous nous sommes revu avec Jacques à « l’Arbre qui tue » et ailleurs. Les anecdotes ne manquaient jamais. Des souvenirs en recroissant un tel ou un tel ou encore bien à certains endroits du site du circuit auquel il avait toujours une petite anecdote à me raconter.

Jacques nous a quitté en août 2021, ses petites histoires les unes autant passionnantes que les autres laissent et laisseront toujours un excellent souvenir.

Vincent Introvigne